QUAND LA JALOUSIE S'INVITE DANS LE COUPLE...


La jalousie, parlons en… on va se donner un peu de temps pour explorer cette chose, qui, il faut bien le dire, n’a pas bonne presse ! la jalousie est présente dans bien des domaines : dans nos relations familiales, conjugales bien-sûr, dans le monde du travail (jalousie de celui qui réussit mieux, qui gagne plus d’argent). Et quand elle se fait sentir, chez soi, chez l’autre, c’est comme une écharde, c’est sournois, ça gêne et ça diffuse un mal-être, un sentiment de honte même dont on ne sait trop que faire. Moralement très mal connotée, un des 7 péchés capitaux nous dit-on, et La Bible nous narre quelques beaux exemples de ses méfaits désastreux…

Alors tentons une définition qui nous aiderait à la cerner un peu plus …

La jalousie est une émotion complexe qui englobe des sentiments de rage, d’humiliation, d’insécurité, de peur et d’inquiétude concernant la perte d’un bien, d’un statut ou d’un lien affectif. Elle a un rapport avec un manque éprouvé. La convoitise a pour objet le bien matériel, la jalousie, elle, survient lorsqu’une relation de valeur est menacée par un tiers. Cette menace peut être réelle ou imaginaire. La jalousie va entrainer tristesse, aigreur, ressentiment, mais aussi parfois colère et agressivité.


Un cocktail émotionnel donc qui, dans tous les cas, ne nous met pas dans un état très agréable !!!


Alors on n’est pas bien avec soi-même, elle nous coupe de l’autre, nous rend suspicieux vis-à-vis de l’autre. Donc, objectivement c’est une émotion que l’on n’aime pas, que l’on n’a pas envie de vivre et de reconnaître. Vous savez, on a tellement entendu enfant « Ce n’est pas bien d’être jaloux » qu’on n’est pas très bien avec soi même quand ça nous arrive… et parce qu’elle n’est pas politiquement correcte, nous avons appris à la dissimuler, ce qui entraine un certain déni, une difficulté à la reconnaitre pour soi-même « non, non, j’suis pas jalouse, mais enfin, je trouve que cette personne se met en avant et que du coup on l’écoute, elle… ». Ca en fait une émotion sournoise de fait, pas toujours facile à débusquer pour nous même !

Mais en réalité, Qui peut dire qu’il n’aie jamais été jaloux…

C’est donc un état qu’il faudrait pouvoir reconnaître donc !

Et parce que c’est de l’ordre de l’émotion, il n’y a pas de jugement moral à porter dessus ! Une émotion, ce n’est ni bien ni mal, cela advient, nous envahit souvent, nous déborde parfois… Et toujours en lien avec un besoin ou des besoins non satisfaits. Plutôt que de le blâmer la jalousie de l’autre, de se culpabiliser ou de nier la sienne, c’est primordial de l’identifier, de l’accueillir, et de rechercher quelle en est la racine…



Alors, d’où vient cette expérience de la jalousie ?


Le sentiment de jalousie prend racine dans une expérience par laquelle nous sommes tous passés, immanquablement, dans notre prime enfance. Dans ces premiers mois de la vie, l’enfant se vit comme un prolongement de la mère, dans un état de fusion idyllique où la mère comble de manière immédiate les besoins de l’enfant. Dans cette phase-là, le manque de la mère (une tétée différée, la distanciation physique, se retrouver seul dans son lit), bien qu’êtany des expériences cruciales pour son développement, n’en sont pas moins difficiles pour le bébé, source d’angoisse et d’un sentiment d’abandon… D’après les psychanalystes, c’est dans cette expérience primitive de la perte que s’ancre la jalousie. Lorsqu’on est jaloux dans le temps présent, on ne ferait que revivre cette douleur-là, celle du tout petit enfant qui ne supporte pas de voir sa mère se détourner de lui. Tout d’un coup, son monde s’écroule, il se sent abandonné, trahi. Les pleurs du nourrisson expriment bien souvent une forme de détresse dans laquelle le bébé réalise à cet instant là qu’il ne fait plus un avec sa mère, il réalise qu’il n’est plus tout seul, qu’il existe un autre au sens large vers qui sa mère se tourne (le père, les frères et sœurs, le travail…). Lors de cette prise de distance avec la mère, bien des ressentis très archaïques peuvent se passer dont nous n’avons pas de souvenirs : abandon, perte, angoisse. Tout dépend donc de la manière dont cette première blessure aura été vécue et ressentie par l’enfant, indépendamment de la bonne volonté du parent bien sûr. Et aussi de la manière dont les parents vont accompagner leur enfant à traverser sereinement cette phase de séparation progressive, séparation parfois tout aussi compliquée pour les parents que pour l’enfant parfois ( surtout la mère)

Ces expériences de la séparation cruciale donc pour la sécurité affective de l’enfant, en précisant tout de même que ce passage n’est pas le seul événement décisif qui jalonne la vie d’une personne ! Si ce passage ne se fait pas ou mal ou s’il est trop différé, l’enfant peut développer certaines attitudes de possessivité, recherche d’exclusivité, qui sont pour moi le terreau de la jalousie. Mais D’autres carences éducatives peuvent entrer en ligne de compte : un contexte abandonnique par exemple quand un bébé est peu regardé, peu stimulé, mal aimé, ou bien un contexte de préférence, de comparaison conscientisé ou pas par le parent : « ton frère est vraiment meilleur que toi en math »...De ces attitudes, peuvent naître non seulement une grande insécurité affective, une faible estime de soi mais aussi une grande violence intérieure qui se retrouvent souvent chez les personnes qui vivent de manière intense la jalousie.


Et quand la jalousie s’invite dans un couple, c’est tellement douloureux...


Douloureux pour celui qui l’éprouve, car in fine il y a au fond la peur de perdre l’être aimé, l’impression qu’il lui échappe… et douloureux pour celui qui subit la jalousie de l’autre. « Laisse-moi vivre ma vie, dit un jour une femme dans mon cabinet excédée, je ne t’appartiens pas» la jalousie de l’un provoque un sentiment d’enfermement chez l’autre, l’impression de ne plus pouvoir exercer sa liberté. Cela le pousse souvent à la dissimulation pour se libérer de cet étau de suspicion, manque de transparence qui attise encore plus la méfiance du jaloux. La boucle est bouclée, un cercle vicieux infernal où il devient difficile de renouer avec une confiance mutuelle.

Alors la jalousie dans un couple, acceptable jusqu’à quel point?

De mon point de vue, il n’est pas anormal d’éprouver de la jalousie dans un couple. Si votre conjoint réagit lorsque vous êtes approché de trop près par un tiers, c’est plutôt rassurant, le contraire pourrait être même considéré comme un manque d’intérêt à votre égard… Chez certains couples des jeux de séductions extraconjugales vont avoir cette fonction de susciter la jalousie du conjoint pour tester la relation, un jeu potentiellement dangereux, me semble- t-il, de nature à entamer f la sécurité affective du couple. Mais il existe des formes sévères, la jalousie peut devenir obsessionnelle et relever d’une forme de paranoïa. La personne jalouse sera alors jalouse de son conjoint dans tous ses faits et gestes « qui as-tu vu aujourd’hui ? où étais tu » mais aussi sur ses relations passées : « comment c’était avec ton ex ? c’était mieux qu’avec moi ? »

La personne jalouse ne laisse plus aucune parcelle d’intimité à la personne avec qui elle vit , elle veut tout savoir, tout connaître, et la moindre parcelle d’inconnue sur la vie de l’autre devient matière à suspicion. Dans cette forme de jalousie obsessionnelle, la peur de perdre l’autre, d’être abandonné, d’être rejeté alimente des pensées obsessionnelles et nourrit l’imagination du jaloux. Aussi le jaloux croit pour vrai ce que sa jalousie lui fait envisager, et sa méfiance se nourrit des multiples scénarios qu’il élabore.

Dans ces situations, les partenaires sont dans une grande impuissance. Tous leurs efforts pour rassurer, pour rétablir la vérité, pour rationaliser sont vains. Le jaloux trouvera toujours l’argument pour remettre un doute là où son partenaire tente de rétablir la vérité. Dans les cas extrêmes, La jalousie aboutit est une forme de maltraitance dans le couple. Dans un harcèlement permanant, le jaloux entretient son partenaire dans la culpabilité et une piètre image d’eux même. C’est parfois très destructeur pour le conjoint…


Aussi, Lorsque la jalousie ronge l’un des conjoints, c’est souvent compliqué de sortir seul de cercle vicieux dans lequel sombre le couple.

Tant que la personne jalouse reste convaincue que l’autre est le seul responsable de sa jalousie, le couple souffre…. « Depuis le début de notre histoire raconte cette femme, je suis jalouse. Ce n’est pas en lui que je n’ai pas confiance, je sais qu’il est droit et loyal. C’est de moi dont je doute : ces femmes qui l’entourent sont forcément plus belles plus intelligentes que moi. Je voulais qu’il n’aime que moi, être le centre de sa vie. » Pour en arriver là, cette femme est passée par une prise de conscience personnelle, s’est questionnée sur sa jalousie. Un travail sur son histoire personnelle lui a permis de comprendre ce qui la met dans cette posture, travail qui lui a permis de sortir de l’illusion que son partenaire était le seul responsable de sa jalousie et de le libérer du poids qu’elle lui faisait porter…


Et du côté du conjoint qui vit avec un homme ou une femme jalouse ?


Et pour celui qui subit la jalousie d’un conjoint ce peut être à un moment de regarder qu’est ce qui le pousse à choisir un conjoint jaloux « au début j’étais séduite car il était très prévenant et me disais que j’étais tout pour lui, cette exclusivité a tourné à l’enfer » ce peut être le temps de regarder ce qui la pousse à accepter cette emprise, à accepter des choses inacceptables, à ne pas se respecter soi… mais parfois pour ces personnes qui subissent la jalousie, tout vaut mieux que la solitude . Cela dit donc que la fragilité narcissique peut se trouver des deux côtés, d’une certaine manière et que la jalousie est une histoire qui se vit à 2 ! je pense à cette femme qui me dit « dans sa jalousie, il m’a traité de tout. Le moindre regard d’un homme sur moi, la moindre discussion, et c’était des foudres. Il a détruit ma réputation, je n’ose plus sortir de chez moi » pour cette femme littéralement détruite par la jalousie maladive de son époux, et devant l’incapacité de son conjoint à travailler sur lui, la seule issue a été la séparation…Et ainsi le jaloux provoque ce qu’il redoutait le plus, la perte de l’être aimé…


Marie Ségolène BOIRON

Conseillère Conjugale et familiale

Juin 2021


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